Mediapart : lettre ouverte aux Etats généraux
Mediapart : lettre ouverte aux Etats généraux
Mediapart : lettre ouverte aux Etats généraux
Mediapart : lettre ouverte aux Etats généraux
Les droits et devoirs de notre profession ne sont pas un privilège, mais une responsabilité envers les citoyens. La déclaration qui vaut charte déontologique pour les journalistes européens l’énonce clairement : «La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics». Tout simplement parce que les journalistes sont à la fois dépositaires, instruments et gardiens d’une liberté qui ne leur appartient pas : «Le droit à l’information, à la libre expression et à la critique estune des libertés fondamentales de l’être humain, rappelle le même texte, adopté en 1971 à Munich parnos fédérations et organisations professionnelles. De ce droit public à connaître les faits et les opinions procède l’ensemble des devoirs et des droits des journalistes».
Les Etats généraux qui, en 1789, abolirent les privilèges, adoptèrent la déclaration des droits de l¹homme et instituèrent une assemblée constituante, étaient autrement démocratiques, transparents et pluralistes que la caricature qui nous est aujourd’hui proposée. «La publicité de la vie politique est la sauvegarde du peuple», affirmait en août 1789 Jean-Sylvain Bailly, président du tiers-état et premier maire de Paris, résumant d’unephrase cet enjeu crucial où la liberté de la presse garantit celle des citoyens. Citant cette sentence dans son Histoire des médias (Seuil, 1990), l’historien et praticien des médias Jean-Noël Jeanneney ajoute ce commentaire :«Il ne suffit pas de dire que désormais la souveraineté ne tombe plus d’en haut, et qu’elle procède du peuple ; il faut que tout se fasse en public, sous le regard attentif et sévère des citoyens». De fait, en 1789, les Etats généraux donnèrent lieu à l’expression publique de revendications par les cahiers de doléances, à la désignation pluraliste de représentants par l’élection de députés, à la confrontation transparente des opinions dans des assemblées ouvertes, à l’élaboration patiente de consensus légitimes sanctionnés par des votes.
Faut-il avoir perdu confiance en nous-mêmes, en l’ambition de notre métier et en l’exigence démocratique qui le fonde, pour accepter de cautionner, à plus de deux siècles de distance, une mise en scène où tous ces principes sont piétinés? Sous couvert de république, la procédure est monarchique. C’est le président de la République qui, seul, décide, choisit, arbitre. Ainsi le pouvoir exécutif, en son expression à la fois la plus symbolique et la plus sommaire, s’arroge sans partage le droit de décider ce qui sera bon pour ceux qui, dans ce pays, font profession d’informer. Il s’agit de « ma proposition », a insisté Nicolas Sarkozy dans son discours d’ouverture, le 2 octobre. Le «comité de pilotage», dont il a désigné seul les quatre membres sans aucun critère transparent ni procédure publique, sera coordonné par «mon cabinet», a-t-il ajouté, ne citant qu’ensuite, et donc dans une explicite soumission hiérarchique, la ministre de la culture et de la communication ainsi que la direction du développement des médias qui dépend du premier ministre. Ce comité est chargé de lui faire des «propositions» qui, a-t-il précisé, «tiendront compte des suggestions» des professionnels, formule aussi vague dans l’énoncé que souple dans l’exécution. Mais, au final, c’est lui et lui seul qui fera le tri : «J’écouterai et je tiendrai compte de ce qui sera dit». On a connu engagement plus contraignant.
D’abord, le feuilleton de la réforme de l’audiovisuel public : service rendu en sous-main aux opérateurs privés qui réclament le monopole des ressources publicitaires ; commission parlementaire bafouée par le rejet présidentiel de ses propositions les plus consensuelles ; annonce unilatérale de la désignation des futurs dirigeants par le seul président de la République, confondant ainsi le service du public et celui de l’Etat pour mieux réduire l’autonomie conquise, depuis 1981, par les rédactions. Ensuite, le rapport préparatoire confié par Nicolas Sarkozy à une élue parisienne du parti présidentiel, l’UMP Danièle Giazzi, sur Les médias et le numérique : les quelques propositions pertinentes y sont accessoires par rapport à son objectif essentiel de dérégulation et déconcentration, porte ouverte à une régression accentuée d’un pluralisme médiatique déjà bien mis à mal. Enfin, le rôle occulte assumé, en toute vergogne, par l’officieux conseiller du président, particulièrement en ces matières médiatiques, Alain Minc : sa dernière sortie haineuse (ndlr: voir vidéo) contre Mediapart en particulier et le journalisme en général montre en quel estime il tient la liberté de la presse, alors même qu’il gagne sa vie en conseillant des opérateurs financiers directement intéressés à ce que décidera ce président qu’il conseille également, dans le secret de leurs conciliabules, sans rendre compte à quiconque et dans un mélange des genres stupéfiants.
Alain Minc et Mediapart
envoyé par Mediapart
Mediapart : lettre ouverte aux Etats généraux
Les droits et devoirs de notre profession ne sont pas un privilège, mais une responsabilité envers les citoyens. La déclaration qui vaut charte déontologique pour les journalistes européens l’énonce clairement : «La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics». Tout simplement parce que les journalistes sont à la fois dépositaires, instruments et gardiens d’une liberté qui ne leur appartient pas : «Le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de l’être humain, rappelle le même texte, adopté en 1971 à Munich par nos fédérations et organisations professionnelles. De ce droit public à connaître les faits et les opinions procède l’ensemble des devoirs et des droits des journalistes».
(photo François Bonnet, directeur éditorial de Mediapart) Les Etats généraux qui, en 1789, abolirent les privilèges, adoptèrent la déclaration des droits de l¹homme et instituèrent une assemblée constituante, étaient autrement démocratiques, transparents et pluralistes que la caricature qui nous est aujourd’hui proposée. «La publicité de la vie politique est la sauvegarde du peuple», affirmait en août 1789 Jean-Sylvain Bailly, président du tiers-état et premier maire de Paris, résumant d’unephrase cet enjeu crucial où la liberté de la presse garantit celle des citoyens. Citant cette sentence dans son Histoire des médias (Seuil, 1990), l’historien et praticien des médias Jean-Noël Jeanneney ajoute ce commentaire :«Il ne suffit pas de dire que désormais la souveraineté ne tombe plus d’en haut, et qu’elle procède du peuple ; il faut que tout se fasse en public, sous le regard attentif et sévère des citoyens». De fait, en 1789, les Etats généraux donnèrent lieu à l’expression publique de revendications par les cahiers de doléances, à la désignation pluraliste de représentants par l’élection de députés, à la confrontation transparente des opinions dans des assemblées ouvertes, à l’élaboration patiente de consensus légitimes sanctionnés par des votes.
Faut-il avoir perdu confiance en nous-mêmes, en l’ambition de notre métier et en l’exigence démocratique qui le fonde, pour accepter de cautionner, à plus de deux siècles de distance, une mise en scène où tous ces principes sont piétinés? Sous couvert de république, la procédure est monarchique. C’est le président de la République qui, seul, décide, choisit, arbitre. Ainsi le pouvoir exécutif, en son expression à la fois la plus symbolique et la plus sommaire, s’arroge sans partage le droit de décider ce qui sera bon pour ceux qui, dans ce pays, font profession d’informer. Il s’agit de « ma proposition », a insisté Nicolas Sarkozy dans son discours d’ouverture, le 2 octobre. Le «comité de pilotage», dont il a désigné seul les quatre membres sans aucun critère transparent ni procédure publique, sera coordonné par «mon cabinet», a-t-il ajouté, ne citant qu’ensuite, et donc dans une explicite soumission hiérarchique, la ministre de la culture et de la communication ainsi que la direction du développement des médias qui dépend du premier ministre. Ce comité est chargé de lui faire des «propositions» qui, a-t-il précisé, «tiendront compte des suggestions» des professionnels, formule aussi vague dans l’énoncé que souple dans l’exécution. Mais, au final, c’est lui et lui seul qui fera le tri : «J’écouterai et je tiendrai compte de ce qui sera dit». On a connu engagement plus contraignant.
D’abord, le feuilleton de la réforme de l’audiovisuel public : service rendu en sous-main aux opérateurs privés qui réclament le monopole des ressources publicitaires ; commission parlementaire bafouée par le rejet présidentiel de ses propositions les plus consensuelles ; annonce unilatérale de la désignation des futurs dirigeants par le seul président de la République, confondant ainsi le service du public et celui de l’Etat pour mieux réduire l’autonomie conquise, depuis 1981, par les rédactions. Ensuite, le rapport préparatoire confié par Nicolas Sarkozy à une élue parisienne du parti présidentiel, l’UMP Danièle Giazzi, sur Les médias et le numérique : les quelques propositions pertinentes y sont accessoires par rapport à son objectif essentiel de dérégulation et déconcentration, porte ouverte à une régression accentuée d’un pluralisme médiatique déjà bien mis à mal. Enfin, le rôle occulte assumé, en toute vergogne, par l’officieux conseiller du président, particulièrement en ces matières médiatiques, Alain Minc : sa dernière sortie haineuse (ndlr: voir vidéo) contre Mediapart en particulier et le journalisme en général montre en quel estime il tient la liberté de la presse, alors même qu’il gagne sa vie en conseillant des opérateurs financiers directement intéressés à ce que décidera ce président qu’il conseille également, dans le secret de leurs conciliabules, sans rendre compte à quiconque et dans un mélange des genres stupéfiants.
Alain Minc et Mediapart
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