Pigistes nantais : compte-rendu réunion du 3 février
Faute de réponse aux invitations des responsables régionaux de la CFDT à venir expliquer leur choix, les arguments de la CFDT ont été résumés à partir d’une contribution reçue par mail, sollicitée auprès de la direction nationale. Topo rédigé par Michel Chapeau, négociateur et secrétaire fédéral de la branche presse. Mais les arguments de la CFDT, revendiquant comme des avancées pragmatiques des dispositions déjà prévues par la loi, code du travail et convention collective, laissent perplexe. Certes, les employeurs appliquent difficilement, voire pas du tout ces droits. Ancienneté passée à la trappe, exclusions des oeuvres sociales du CE, des listes électorales, etc. Mais comment espérer que ces droits puissent se révéler mieux garantis avec un nouveau texte, alors que les premiers textes supposés aussi les garantir sont bafoués dans les faits. Pourquoi faire plus confiance au nouveau texte si le premier n’est pas respecté ? La logique est en fait simple : il faut faire valoir nos droits, et batailler pour. Pas attendre un texte modifiant celui existant, avec une hypothétique “applicabilité”, pour paraphraser les néologismes à la noix.
On a essayé de montrer les enjeux, et les dangers tendanciels pour les pigistes, menés de plus en plus vers un statut extérieur au salariat, en tous cas à la communauté de travail, ce qui est déjà le cas physiquement et géographiquement. La disparition des pigistes du registre unique du personnel, donc rayés des effectifs du média qui les emploie est à ce titre significatif. Très dans l’air du temps ça; il faudrait devenir le propre responsable de son destin professionnel, auto-entrepreneur, profession libérale ou un truc du genre. Mais du coup, fini (ou presque) le salaire en cas de maladie, les congés maternité, les avantages communs, les rapports de force pour obtenir des droits transversaux. Chacun pour soi. On passerait au stade d’un rapport commercial, comme la sous-traitance dans l’industrie. Ce qui amenèrait encore plus de docilité, puisque l’employeur pourrait changer son prestataire pigiste avec encore moins d’encombres qu’actuellement. Malheureusement, l’emploi du conditionnel n’est plus de mise. Le nouveau texte, qualifié de “scélérat” par le SNJ, est applicable dès maintenant. Dans les entreprises, les employeurs ne vont pas se gêner.
Au club de la presse devant des sandwiches, la deuxième partie de la rencontre était un peu là pour appâter, avec quelque chose qui implique personnellement tout le monde. On a présenté l’accord de compensation des baisses de piges à Libé, et ses limites (calcul du différentiel entre l’année N et l’année N+1, pour règlement -ou dérèglement structurel- à l’année N+2 ; montant : 40% de la baisse constatée). On a rappelé les “contrats” de mensualisation des pigistes réguliers à La Croix, l’”outil de pilotage” de la régularité des collaborations en germe au groupe Wolkers Kluwer (ex groupe Liaisons). On a aussi présenté la démarche à entreprendre auprès des rédactions et des médias pour demander cette régularité, inscrite dans la loi (Cressard) et, au pire, le contenu possible de lettres de demande de licenciement, en bonne et due forme.
Tout cela pour dire qu’il existe des solutions groupées, éventuellement négociées, et qu’il faut éviter le piège du fatalisme et de la résignation. Pourquoi faudrait-il nous sur-pénaliser nous mêmes en cas de marée basse persistante ?
On a aussi plaidé pour des démarches collectives, plutôt que du traitement au cas par cas, au coin du bois. Les temps étant difficiles, la division et l’individualisme sont souvent vus comme des petits moyens de tirer son épingle du jeu. Ceci dit pour les petits malins qui pensent que ce n’est pas un rapport de force mais juste un sillage perso à tracer. Mais tout seul, on ne gagne pas souvent. On a lu ça dans “Souvent magazine”. Voilà. C’est l’heure de rendre l’antenne. A vous les studios.